mardi 9 mai 2023

Réflexions sur le "noble polysilicate" (1).

 

Photo (c) Le Petit Paysan


 Eugène Canseliet a plusieurs fois évoqué le "noble polysilicate", notamment dans ses abondants commentaires du Mutus Liber (Pauvert, 1967). 

"Auprès de l'épouse de Jupiter, un paon - souvent son attribut - fait vibrer sa roue et montre les merveilleuses couleurs de sa queue, qui reproduisent celle de notre verre en parfaite fusion. Phénomène de l'Œuvre, météore du ciel des sages, que les anciens auteurs appelaient la queue de paon, en comparaison avec les irisations ocellées de l'aristocratiques oiseau. Pareillement, dans le creuset de la voie sèche, éclatent les mailles teintées du filet circulaire, diversement illuminé par-dessous [*], telle la grande rose d'une cathédrale, qu'on dénommait aussi rota (la roue) et qu'embrasse le soleil du couchant." ( p. 84).

[*] Le Message Retrouvé fait remarquer que les roses des cathédrales paraissent ternes vues de l'extérieur et ne s'illuminent que lorsqu'elles sont contemplées de l'intérieur de l'édifice (Note du Petit Paysan).

Qui ergo potest capere capiat. 

 Complétons par quelques références extraites du très instructif livre d'Henry Le Chatelier (1850-1936), La Silice et les Silicates (disponible sur Gallica).

Silice naturelle.

La silice se présente dans la nature sous de nombreuses variétés allotropiques :

   Quartz : densité 2,65, de beaucoup la plus abondante. Cristallise en prismes hexagonaux, terminés au moins d’un côté par une pyramide correspondante. Le quartz constitue les sables siliceux (sables de Fontainebleau), les grès (sables à demi agglomérés – exemple : grès rouge des Vosges), le granit (formé par l’agglomération de grains de quartz, de mica et de feldspath), les argiles (silicates d’alumine hydratés, mêlés d’une proportion plus ou moins grande de sable quartzeux – rarement moins de 10 %, parfois plus de 90 %). Le quartz est l’un des minéraux les plus durs qui résiste le plus longtemps à la désagrégation des roches.

   Calcédoine : densité 2,56. Plus rare que le quartz, on la trouve sous les noms de silex, agate, bois fossile, pierre meulière, etc. La meulière est un des meilleurs matériaux de construction connus. Son inaltérabilité à tous les agents atmosphériques et son aptitude à faire corps avec le ciment permettent d’élever des constructions en quelque sorte indestructibles.

   Tridymite : densité 2,28. Toujours en cristaux microscopiques, elle existe dans les roches volcaniques.

   Silice hydratée : « Il existe enfin, dans la nature, des silices hydratées ; leurs variétés sont très nombreuses et renferment des proportions d’eau extrêmement variables. L’opale, pierre précieuse, est un hydrate de silice, de même le tripoli ou silice d’infusoires, constituée par des carapaces de diatomées. Enfin, dans les terrains sédimentaires, on trouve des roches compactes siliceuses ; elles ont été longtemps classées comme matières argileuses, bien que formées à peu près exclusivement de silice hydratée impure. Telle la gaize dans les Ardennes, et certains sables pulvérulents du Cher » (p. 5).

   Silicates naturels : Les silicates naturels sont très nombreux. Les plus fréquents appartiennent aux trois familles des feldspaths, des micas, et des pyroxènes. Dans les terrains sédimentaires, au contraire des roches primitives, on rencontre des silicates franchement hydratés. Signalons l’argile, silicate d’alumine hydraté, dont le kaolin est une des variétés les plus pures. Puis la glauconie, silicate complexe de fer, de magnésie et de potasse, constituant le sable vert de Champagne et de Normandie.

Allotropie. 

« Le polymorphisme de la silice anhydre (…) est extraordinaire. Ce corps est un véritable protée, dont les variations sont plus nombreuses que celles d’aucun autre corps connu. Il existe deux groupes de variété de silice cristallisée anhydre, séparés un écart considérable de densité : 2,6 en moyenne pour l’un et 2,3 pour l’autre. Il n’y a que le carbone et le phosphore pour lesquels les différences de densité des diverses variétés allotropiques soient aussi considérables. Chacun de ces groupes renferment deux ou trois variétés allotropiques, distinctes au moins par leur forme cristalline ; mais, de plus, chacune de ces variétés éprouve sous l’action de la chaleur des transformations réversibles donnant une série de variétés nouvelles, stables seulement entre certaines limites de température. Il faut compter au total une douzaine de formes allotropiques de la silice » (p. 7).

 Polarisation rotatoire

Le quartz possède une polarisation rotatoire énergique, dont l’étude est grandement facilitée par la transparence et la grandeur des cristaux.

 État vitreux

La silice prend avec facilité l’état amorphe et le communique aux mélanges qu’elle forme avec d’autres silicates pour donner naissance aux verres ordinaires. « Aucun autre corps de la chimie minérale ne jouit de cette propriété d’une façon aussi complète. L’acide borique existe bien à l’état vitreux, mai par contre son état cristallisé est inconnu, de telle sorte qu’il ne se prête pas comme la silice à l’étude du passage de l’état amorphe solide à l’état cristallisé » (p 7).

 Silice hydratée

La silice hydratée « semble échapper aux lois des combinaisons définies et des tensions fixes de dissociation. Sa teneur en eau est indéfiniment variable avec les conditions du milieu ambiant » (p. 8). Elle possède, de plus, la propriété de donner avec l’eau des solutions colloïdales.

 Cristaux mixtes

« Une particularité très intéressante des silicates, qui n’est pas faite d’ailleurs pour en faciliter l’étude, est la faculté que possèdent un grand nombre d’entre eux de cristalliser mélangés ensemble dans des proportions variables[1], comme le font les sels dits isomorphes, de donner lieu à ce que l’on appelle aujourd’hui des solutions solides[2] ou des cristaux mixtes » (p. 9).

 Les silicates métalliques sont insolubles.

D’autre part, leur faible fusibilité ne permet de les préparer qu’à des températures relativement élevées et dans ces conditions leurs cristaux sont nécessairement de très petites dimensions, comme cela arrive pour tous les corps cristallisant à haute température (…) Vers 1000°, température inférieure même à celle de fusion du plus grand nombre de silicates, les cristaux dans les mêmes conditions de vitesse de formation prennent souvent des dimensions mille fois moins grande à cause du développement simultané d’un plus grand nombre de centres de cristallisation (p. 10).

La précipitation de la rémore est le phénomène qui permet de lever cette difficulté. Les grains fixes s’agglomèrent à une température relativement basse. Ici, le truc, le tour de main (Canseliet) est nécessaire. Il faut générer des cristaux de grande taille par une application douce et longue du feu.

(Note du Petit Paysan)

Les mélanges fondus riches en silice gardent très facilement au refroidissement l’état amorphe en donnant naissance à des verres. Il est parfois impossible d’obtenir aucune cristallisation, bien que pour tous les mélanges siliceux l’état normalement stable à froid corresponde toujours à la cristallisation de tous les constituants du mélange.

 Pour la préparation des silicates au laboratoire, les trois facteurs dont l’influence s’est montrée la plus importante, après la température (…), ont été en premier lieu l’influence du temps, qui compense le défaut de fluidité des mélanges fondus de silicates ; la pression qui tend à faciliter la cristallisation des silicates toujours beaucoup plus denses que leur magma générateur et enfin les actions de présence, ce que l’on a appelé les agents minéralisateurs dont le rôle semble avoir été si considérable dans la cristallisation des roches d’origine métamorphiques. Leur emploi judicieux au laboratoire a déjà donné des résultats très importants dans les essais de reproduction synthétique des silicates naturels (p. 13).

L’alchimiste accélère le temps de la nature, tous les traités le disent.

La connaissance des agents minéralisateurs est essentielle pour l’alchimiste.

(Note du Petit Paysan).

Henry Le Chatelier : La Silice et les silicates, Paris, Hermann et fils, 1914.

 



[1] Dès qu’il y a « proportions variables », il y a intervention de l’aléatoire, autrement dit des poids de Nature, sur lesquels l’alchimiste ne peut intervenir, au contraire des poids de l’art(Note du Petit Paysan)

[2] La solution solide est la clé de la voie sèche, tout comme les colloïdes le sont pour la voie humide.(Note du Petit Paysan)

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